Prononcer (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Proférer, articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons. "Il prononce mal les R. Il y a beaucoup de mots qu'on prononce autrement qu'on ne les écrit. Les Anglais, les Italiens, etc., prononcent le latin autrement que nous."
Dans cette acception, il s'emploie absolument. "Pour l'orthographe de ce nom, vous n'avez qu'à écrire comme on prononce. Prononcer lentement, distinctement."
Il signifie aussi Réciter, débiter, faire entendre. "Prononcer un discours, un sermon, un harangue."
Il signifie encore Déclarer avec autorité, en vertu de son autorité. "Le concile prononça anathème contre Arius. Prononcer une décision, un arrêt, une sentence, un jugement." Fig., "L'arrêt que le destin, que le sort a prononcé."
Il se dit particulièrement lorsque celui qui préside une juridiction, une assemblée, déclare ce qui a été décidé à la pluralité des voix. "Le président ayant prononcé l'arrêt."
Fig., "Cet homme a prononcé lui-même sa condamnation, sa sentence," Il s'est condamné par ses propres paroles, par son propre témoignage.
PRONONCER s'emploie aussi absolument dans les deux sens qui précèdent. "L'Église a prononcé. Le législateur a prononcé. La loi a prononcé. Le sort, le ciel a prononcé."
Il s'emploie aussi absolument dans le langage ordinaire et signifie Déclarer son sentiment sur quelque chose, décider, ordonner. "J'attends que vous ayez prononcé. Vous n'avez qu'à . Dès que vous aurez prononcé, on obéira. Je n'ose entre vous et lui."
En termes de Peinture et de Sculpture, il signifie Bien marquer, rendre très sensible quelque partie d'une figure. "Prononcer un bras, une main, une jambe, un pied, etc. Ce peintre a le défaut de trop les muscles de ses figures." Il vieillit.
"Des traits prononcés," Des traits fortement marqués.
"Un goût prononcé", Un goût très net. "Ce fruit a un goût prononcé." Il s'emploie aussi figurément. "Il a un goût prononcé pour les arts."
Fig., "Un caractère prononcé", Un caractère qui n'a rien d'indécis. "Cet enfant a déjà un caractère très prononcé".
SE PRONONCER signifie Faire voir, manifester son intention, son caractère en quelque affaire, en quelque occasion. "Il s'est nettement prononcé dans cette occasion. L'opinion publique s'est prononcée sur cette affaire. Prononcez- vous. Il n'ose pas se ."
Il signifie aussi Être prononcé. "Dans le mot" Succès, "l'S finale ne se prononce pas."
Le PRONONCÉ s'emploie comme nom masculin. "Le prononcé de l'arrêt, de la sentence, du jugement," La décision du tribunal prononcée à l'audience.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Déclarer avec autorité, en vertu de son autorité (ce qui est le sens latin).
BOSSUET: « Achab crut éluder la rigueur de cette juste sentence [mort violente], en faisant une querelle particulière à Élie, qui avait eu ordre de la lui »
BOSSUET: « Pourquoi chercher des preuves d'une vérité que le Saint-Esprit a prononcée par une sentence manifeste ? Dieu même menace les peuples qui altèrent sa religion... »
RAC.: « Et ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils [les sultans] l'ont prononcé »
FONTEN.: « Le public, qui sait si bien faire entendre son jugement sans le en forme, ne souscrivit pas à celui des commissaires impériaux »
VOLT.: « Frédéric gouvernait l'Église aussi despotiquement que l'État ; c'était lui qui prononçait les divorces, quand un mari et une femme voulaient se marier ailleurs »
VOLT.: « Prononcez votre arrêt et ne redoutez rien »
    Fig. Le destin, le sort a prononcé l'arrêt.
    Particulièrement. Déclarer, en parlant de celui qui préside une juridiction, une assemblée, ce qui a été décidé à la pluralité des voix.
    Absolument. Ce président prononce bien, il fait entendre avec ordre et netteté les différents chefs d'un jugement.
    Le greffier a prononcé au criminel son arrêt, sa sentence, il lui a lu le jugement rendu contre lui.
    Fig. Prononcer sa propre condamnation, sa sentence, se condamner par ses propres aveux, par ses propres paroles.
PASC.: « Je veux encore vous faire cet arrêt à vous-mêmes contre vous-mêmes »

 2   Réciter, débiter.
BOSSUET: « Vous donc qu'elle assistait avec tant de joie.... quel admirable panégyrique iez-vous par vos gémissements à la gloire de cette princesse, s'il m'était permis de vous introduire dans cette auguste assemblée ! »
LA BRUY.: « Quel supplice que celui d'entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou de médiocres vers avec toute l'emphase d'un mauvais poëte ! »
LESAGE: « La cour a chargé ce prélat éloquent de faire l'éloge funèbre d'une princesse, et il doit le dans deux jours »
M. J. CHÉN.: « Là [près de mon tombeau] quelquefois encore daignez vous rassembler ; Là prononcez l'adieu »
    Absolument. Prononcer lentement, distinctement.
    Fig.
RAC.: « Déjà même je crois entendre la réponse Qu'en secret contre moi votre haine prononce »

 3   Articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons.
RAC.: « Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur »
FÉN.: « Il passait des heures entières sans aucune parole »
DUMARS.: « Il y a des peuples qui ne sauraient certaines lettres ; les Chinois ne connaissent ni le b, ni le d, ni l'r »
VOLT.: « La rivière que nous appelons Veronise [en Russie], nom très doux à , est appelée dans les mémoires Woronestch ; et dans les observations on me dit que vous prononcez Voronège »
VOLT.: « Ces moeurs sont vos devoirs... Sachez que le premier est... de n'oser jamais Me le nom d'un rival que je hais »
    Absolument.
D'OLIV.: « Une chose assez singulière et qui peut-être ne se trouve que dans notre langue, c'est que nous avons deux manières de : l'une pour la conversation, l'autre pour la déclamation ; celle-ci donne la force et du poids aux paroles, et laisse à chaque syllabe l'étendue qu'elle peut comporter ; au lieu que celle-là, pour être coulante et légère, adoucit certaines diphthongues, et supprime des lettres finales »
D'ALEMB.: « La première règle, et la seule raisonnable, est d'écrire comme on prononce : les Italiens nous en donnent l'exemple, et nous devrions le suivre »

 4   Il se dit des articulations d'une langue. Il ne prononce pas bien l'anglais.
ROLLIN: « la manière dont les Romains prononçaient le latin était, en plusieurs choses, très différente de celle dont nous le prononçons aujourd'hui »

 5   Terme de peinture. Bien indiquer les parties d'une figure, par comparaison avec l'articulation de la voix. Prononcer un bras, les muscles.
DIDER.: « Le nu que la sculpture est plus jalouse encore de que la peinture »

 6   V. n. Déclarer ce qui a été décidé, jugé. L'Église a prononcé. Le ciel a.
BOSSUET: « Les empereurs qui avaient osé sur les questions de la foi »
VOLTAIRE: « Du sénat la volonté suprême Est que sur votre fils vous prononciez vous-même »

 7   Dans le langage ordinaire. Déclarer son sentiment, décider.
BOSSUET: « Que je hais ta vaine science et ta mauvaise subtilité, âme téméraire, qui prononces si hardiment : Ce péché que je commets sans crainte est véniel ! »
RAC.: « Hé bien donc, prononcez ; que voulez-vous qu'on fasse ? »
RAC.: « Gardez-vous de réduire un peuple furieux, Seigneur, à entre vous et les dieux »
LA BRUY.: « Si... il prononce d'un mets qu'il est friand, le maître et les conviés, qui en mangeaient sans réflexion, le trouvent friand »
VOLT.: « Il reste à savoir s'il est permis d'amener une grande beauté par de grands défauts ; et c'est sur quoi je n'ose »
BUFF.: « Leibnitz n'a pas hésité à que le globe terrestre devait sa forme à l'élément du feu »
DIDER.: « J'ai prononcé là-dessus autrefois un peu légèrement »
AL. DUVAL: « C'est aux hommes de juger les femmes, et aux femmes de sur les hommes »

 8   Se , v. réfl. Être prononcé.
MOL.: « La consonne d se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d'en haut »

 9   Faire voir, manifester son intention, sa pensée.
C. DELAV.: « Je ne crois pas encor devoir me »

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Liber psalm. p. 197: Purnuncera ma langue le tuen parlement
     ib. p. 220: Je espant en l'esguardement de lui la meie oreisun, e la meie tribulaciun devant lui medesme [lui-même] purnunz
    XIIIème siècle
     Miracles St Loys, p. 174: Il [un malade] avoit esté jusques à cele heure par un jour et demi que il n'avoit parlé ne n'avoit prononcié nule parole
BEAUMANOIR: « Li baillis n'est pas tenus d'estre au jugement fere, ne au prononcier le jugement »
    XVème siècle
     la Nativ. de N. S. J. C: Sire, g'i vois [j'y vais] sans remanoir Vostre naissance anuncier : Auls pastoreaux vas prononcier, Comment estes nez de Marie
    XVIème siècle
MAROT: « D'autre costé, j'oy la bise arriver, Qui en soufflant me prononce l'hyver »
ROB.: « [Prendre pour modèle le langage] des plus savants en nostre langue, qui ont tout le temps de leur vie hanté es cours de France tant du roi que de son parlement à Paris, aussi sa chancellerie et chambre des comptes ; esquels lieux le langage s'escrit et se prononce en plus grande pureté qu'en tous autres »

ÉTYMOLOGIE
    Prov. et espagn. pronunciar ; ital. pronunziare : du lat. pronunciare, de pro, et nunciare, annoncer (voy. NONCE).


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Proférer, articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons. "Il ne saurait les R. Il y a des lettres, des syllabes plus difficiles à les unes que les autres. On ne prononce pas toutes les lettres de certains mots. Il y a beaucoup de mots qu'on prononce autrement qu'on ne les écrit. Les Anglais, les Italiens, etc., prononcent le latin autrement que nous. Dès que le prêtre eut prononcé les paroles sacramentales."
Il signifie aussi, Réciter, débiter. "Prononcer un discours, un sermon, une harangue. Prononcer avec feu, avec grâce. Prononcer lentement, distinctement."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Déclarer avec autorité, en vertu de son autorité. "Le concile prononça anathème contre Arius. Prononcer une décision, un arrêt, une sentence, un jugement." Fig., "L'arrêt que le destin, que le sort a prononcé."
Il se dit, particulièrement, Lorsque celui qui préside une juridiction, une assemblée, déclare ce qui a été décidé à la pluralité des voix. "Le président ayant prononcé l'arrêt. L'arrêt fut prononcé en robes rouges."
Absol., "Ce président prononce bien," En prononçant, il a de la dignité, et il fait entendre avec beaucoup d'ordre et de netteté les différents chefs d'un jugement.
"Le greffier a prononcé au criminel son arrêt, sa sentence," Il lui a lu le jugement rendu contre lui.
Fig., "Cet homme a prononcé lui-même sa condamnation, sa sentence," Il s'est condamné par ses propres paroles, par son propre témoignage.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est souvent employé comme verbe neutre, dans les deux sens qui précèdent. "Il se soumettait sans murmure, quand l'Église avait prononcé. Le législateur a prononcé. La loi a prononcé. Le sort, le ciel a prononcé."
Il s'emploie aussi dans le langage ordinaire, et signifie, Déclarer son sentiment sur quelque chose, décider, ordonner. "J'attends que vous ayez prononcé. Vous n'avez qu'à . Dès que vous aurez prononcé, on obéira. On n'a pas encore prononcé sur cette question. Je ne me hâte pas de en pareille matière. Je ne prononce pas en votre faveur. Je n'ose entre vous et lui. Je suis hors d'état de s'il a tort ou raison."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie, Faire voir, manifester son intention, son caractère en quelque affaire, en quelque occasion. "Il s'est bien prononcé dans cette occasion. Il s'est trop prononcé, pour qu'on puisse douter de son intention. L'opinion publique s'est prononcée sur cette affaire. Prononcez-vous. Il n'ose pas se . Il faut enfin se ."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Peinture et de Sculpture, Bien marquer, rendre très-sensible quelque partie d'une figure. "Prononcer un bras, une main, une jambe, un pied, etc. Ce peintre a le défaut de trop les muscles de ses figures."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Proférer, articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons. "Il ne sauroit les R. Il y a des lettres, des syllabes plus difficiles à les unes que les autres. On ne prononce pas toutes les lettres de certains mots".
Il signifie aussi Réciter. "Prononcer un discours, un sermon, une harangue. Prononcer avec feu, avec grâce, de bonne grâce, de mauvaise grâce. Prononcer lentement, distinctement. La pièce étoit bien composée, mais elle fut mal prononcée".
Il signifie encore, Déclarer avec autorité juridique. "Le Concile prononça anathème contre Arius. Prononcer un Arrêt, une Sentence, un Jugement". Il se dit, Lorsqu'un Magistrat qui préside dans une Juridiction, déclare publiquement ce qui a été jugé à la pluralité des voix. "Le Président ayant prononcé l'Arrêt. L'Arrêt fut prononcé en robes rouges".
On dit, qu'"Un Président prononce bien", pour dire, qu'En prononçant, il résume avec beaucoup d'ordre et de netteté les différens chefs d'un Jugement.
On dit aussi, qu'"Un Greffier prononce un Arrêt à un criminel," Lorsqu'il lui lit le Jugement qui a été rendu contre lui.
On dit figurément, qu'"Un homme a prononcé lui-même sa condamnation, sa sentence," pour dire, qu'Il s'est condamné lui-même par ses paroles, par son propre témoignage.
On se sert du mot "Prononcer," pour, Déclarer son sentiment sur quelque chose, décider, ordonner. "J'attends que vous ayez prononcé. Vous n'avez qu'à . Dès que vous aurez prononcé, on obéira. On n'a pas encore prononcé sur cette question".
En termes de Peinture et de Sculpture, "Prononcer" se dit pour, Marquer fortement les parties saillantes du corps. "Prononcer les muscles". On dit aussi dans le même sens, que "La draperie prononce le nu".
On dit figurément, "Se dans une occasion, dans une affaire," pour dire, Y faire voir, y développer son intention, son caractère. "Il s'est bien prononcé dans cette occasion. Il s'est trop prononcé, pour qu'on puisse douter de son intention. L'opinion publique s'est prononcée sur cette affaire".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Proférer, articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons. "Il ne sauroit les R. Il y a des lettres, des syllabes plus difficiles à les unes que les autres."
Il signifie aussi Réciter. "Prononcer un discours, un sermon, une harangue. Prononcer de bonne grâce, de mauvaise grâce. Prononcer lentement, distinctement. La pièce étoit bien composée, mais elle fut mal prononcée."
Il signifie encore, Déclarer avec autorité juridique. "Le Concile prononça anathème contre Arius. Prononcer un Arrêt, une Sentence, un Jugement." Il se dit, lorsqu'un Magistrat qui préside dans une Juridiction, déclare publiquement ce qui a été jugé à la pluralité des voix. "Le Président ayant prononcé l'Arrêt. L'Arrêt fut prononcé en robes rouges."
On dit, qu'"Un Président prononce bien," pour dire, qu'En prononçant, il résume avec beaucoup d'ordre & de netteté les différens chefs d'un Jugement.
On dit aussi, qu'"Un Greffier prononce un Arrêt à un criminel," Lorsqu'il lui lit le Jugement qui a été rendu contre lui.
On dit figurément, qu'"Un homme a prononcé lui-même sa condamnation, sa sentence," pour dire, qu'Il s'est condamné lui-même par ses paroles, par son propre témoignage.
On se sert aussi du mot de "Prononcer," pour dire, Déclarer son sentiment sur quelque chose, décider, ordonner. "J'attens que vous ayez" "prononcé. Vous n'avez qu'à . Dès que vous aurez prononcé, on obéira."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

PRONONCIATION, s. f. ["Prononcé", "ci-a-cion": 2e lon. 3e"é" fer. au 1er.] "Prononcer", c'est 1°. articuler les lettres; les syllabes, dans les mots. 'Il y a des mots, des lettres plus dificiles à "prononcer" que d'autres lettres et d'autres mots.
- 2°. Réciter: " un" discours, "une" harangue, de bone, ou de mauvaise grâce.
- 3°. Déclarer avec autorité juridique; " un" arrêt, "un" jugement, "une" sentence. = "Fig." 'Cet homme a "prononcé sa" sentence, "sa" condamnation; il s'est condamné par ses propres paroles.
- 4°. V. n. par extension, et entre particuliers, déclarer ses sentimens, décider, ordoner. 'Vous n'avez qu' à "prononcer"; dês que vous "aurez prononcé", on obéïra.
   PRONONCÉ, s. m. '"Le prononcé" d'un arrêt; ce qui a été prononcé par le Juge. = "Adj." En "Peinture", on dit que les muscles sont bien "prononcés", trop "prononcés", c. à. d. bien "ou" trop marqués, représentés. M. l'Ab. "Grosier" le dit du caractère dans les ouvrages d'esprit. 'Cet Auteur (M. le "Mierre") conu pour avoir de la verve, un caractère "prononcé", une manière originale, "etc." 'Le contraste de leurs moeurs m'y paroit sufisamment "prononcé". "Ann. Litt." L'emploi de cette expression figurée pourra paraitre à quelques-uns, à plusieurs peut-être, précieux et afecté, et apartenir à ce qu'on peut apeler un style "à prétention". On pourrait dire, en se servant de la même locution, que la métaphôre y est "trop prononcée".
   PRONONCIATION, est l'articulation des lettres, des syllabes dans les mots. = Il y a en français deux prononciations diférentes; l'une pour les vers et le discours soutenu, l'aûtre pour la prôse comune et le discours ordinaire. Dans la première, on prononce la plupart des lettres, qui sont à la fin des mots, quand les mots suivans comencent par une voyèle, ou par une "h" muette. Dans la seconde, ce serait une afectation ridicule que de vouloir les consones finales, et même les "s" et les "t". Le détail des règles, qu'il faut suivre pour l'une et l'autre prononciation, se trouve dans chaque article, et sur-tout au comencement de chaque lettre.
   "Rem." Comme les Langues sont plutôt faites pour être parlées que pour être écrites; et que ce qui est écrit est fait pour être lu à haute voix, récité, ou déclamé, il faut éviter avec soin la rencontre des sons durs, la suite des mêmes consones, "etc." Cela est sur-tout essenciel à observer dans les vers, dont la prononciation est plus marquée. "Corneille", dans "la suite du Menteur", écrit: "vous vous entr'entendez", ce qu'on ne peut sans se disloquer la machoire; "Racine" dans "Britannicus": 'Bannissez-"le loin" d'elle. Ce "le loin" parait dur. "Le leur", qui est dans le même câs, ne le parait pas tant; parce qu'il vient plus souvent dans le discours, et qu'on y est plus acoutumé.
- Ainsi quoique tous les noms terminés en "trice" soient durs, "bienfaitrice", "Impératrice" le sont moins, parce qu'ils reparaissent plus fréquemment, que "persécutrice", "exécutrice", "usurpatrice", dont on se sert plus rârement, et dont plusieurs bons Écrivains n'aiment pas à se servir. = Il ne faut pourtant pas recourir à une construction irrégulière pour éviter une prononciation dure: c'est tomber dans un défaut, pour en éviter un autre: "in vitium ducit culpæ fuga". Ex. 'On ne peut nier que ce n'ait "là" été la caûse du progrès de la secte. "Boss." La Syntaxe demandait que l'Auteur dit n'ait été "là" "la" caûse: mais il a préféré une construction peu régulière, pour éviter la rencontre des deux "là" "la", en quoi, à mon avis, il ne doit pas être imité. Il faut alors changer de tour, et dire, par exemple. 'Ç'a été "là", on ne peut le nier, "la" caûse du progrès de la secte.
   "Prononciation", est encore 1°. la manière de réciter: 'La "prononciation" est une des principales parties de l'Orateur. 'Ce Prédicateur a "la prononciation" belle, ou "une" belle "prononciation".
- 2°. Action de un Jugement. 'Après "la prononciation de" la sentence. Voy. ACCENT.




Emplacement dans le dictionnaire :

prônerie
prôneur
pronom
pronominal
pronominalement
pronominé
prononçable
prononcé
prononcement

prononceur
prononciation
pronostic
pronostiqué
pronostique
pronostiquer
proode
proodique
propagande
propagandiste
propagation




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...? ... après, je me retirai sans questionner personne, le coeur serré et l'âme désorientée, n'osant pas demander la confirmation de ce que j'avais deviné si bien, et préférant ne pas entendre prononcer le mot qui me faisait peur. Longtemps, les petits sachets en soie restèrent liés pour moi à l'idée de la mort... CHAPITRE XVIII je retrouve dans ma mémoire les impressions encore pénibles,...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...tabou, un animal ou un homme impur ou consacré, de laisser s'éteindre le feu sacré, de manger de certaines viandes, de ne pas immoler sur la tombe des parents le sacrifice traditionnel, de ne pas prononcer exactement la formule rituelle, de ne pas célébrer certaines fêtes, etc., a-t-il pu jamais constituer un danger social ? On sait pourtant quelle place occupe dans le droit répressif d'une foule de...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...ou négative, c'est-à-dire consister dans une action ou une abstention, mais elle est toujours déterminée. Il s'agit de faire ou de ne pas faire ceci ou cela, de ne pas tuer, de ne pas blesser, de prononcer telle formule, d'accomplir tel rite, etc. Au contraire, les sentiments comme l'amour filial ou la charité sont des aspirations vagues vers des objets très généraux. Aussi les règles pénales...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...même extérieure de la conduite est prédéterminée jusque dans ses détails. La façon dont l'homme doit se nourrir, se vêtir en chaque circonstance, les gestes qu'il doit faire, les formules qu'il doit prononcer sont fixés avec précision. Au contraire, plus on s'éloigne du point de départ, plus les prescriptions morales et juridiques perdent de leur netteté et de leur précision. Elles ne réglementent plus...


Citation n°5 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...corps de métier, notamment les imprimeurs, pratiquent uniquement le système duodécimal, soit sous les noms de point, ligne, pouce et pied, soit au moyen d'un vocabulaire spécial. Qui entendit jaais prononcer le mot stère ? les bûcherons qui mesurent encore le bois au lieu de le peser se servent plus volontiers de la corde, et les auvergnats, de la voie. cette racine inusitée n'en a pas moins fructifié :...


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